J’apprends à fond les bases du dessin pour mieux m’en libérer.

Quand la liberté totale en cours de dessin conduit à des réalisations stéréotypées

Je reste en arrêt devant vingt “Homville”. On est fin des années 70. Homville, un artiste réputé de Bruxelles (j’ai modifié le nom par discrétion) est le prof de dessin de Marcel, mon chouette collègue, qui fréquence, le soir, une académie située à la périphérie de la capitale. Marcel vente la grande liberté que leur laisse en atelier le mentor.

Vingt “Homville”, vingt !!!

On parle souvent art, croquis, traits, hachures mais on n’est pas des pro

Nous travaillons tous deux dans le domaine informatique mais partageons avec enthousiasme la passion commune de l’art en général et du dessin en particulier, la sienne, nouvelle et balbutiante sans encore vraiment avoir de base, la mienne, nourrie déjà de beaucoup d’heures de réflexion alimentées par les choses apprises en cours secondaires artistiques. Si Mai 68 nous paraît déjà loin, nos propos, à la pose café, sont encore tout imprégnés de la couleur des slogans revendicateurs du Quartier Latin. On n’a jamais autant prononcé le mot “liberté”, moi le premier. On revendique du petit, on revendique du grand, . . . en col cravate. On philosophe, le gobelet plastique fumant entre les doigts. Sans le savoir à force, on dévalorise peut-être le concept.

Soit. Le décor planté, Je reviens à mon sujet, du moins à son introduction, l’apprentissage du dessin.

Marcel, (qui dessine, dessine et dessine encore dans sa tête) aux rêves d’artiste et de bohème devant le distributeur de café:

“Le prof nous laisse même la liberté de choisir et le format et le médium (crayon, fusain, sanguine)”, crénom !

“L’atelier du peintre” (Petrus van Schendel 1806-70).

Moi, son super pote, compagnon de ses rêves (qui ne dessine plus guère):

“Ouaw ! Super, ça correspond en plus à ce que tu attends. J’ai hâte de voir ce que tu fais”. Et en fin d’année scolaire, je vais visiter l’exposition des élèves de l’académie, comme il avait été dit.

Et là, à l’entrée de l’atelier “dessin”, comme je l’indique en début d’article (où j’introduisais ce suspens insupportable), je reste stupéfait. Tout le monde a fait du Homville. La grosse patte du maître a maladroitement écrasé toute velléité de création.

Tu vois où je veux en venir?

Je te parle donc d’un paradoxe. N’en fais pas une loi. Ce sont simplement des faits que j’ai vécus jadis. Ce qui est dit avant et ce que je te raconte maintenant.

La liberté gagnée par l’efficience du guide.

Mon prof de dessin à moi nous “ordonnait”: feuille de format A4, crayon 2B. Ce qu’on réalisait, attentif, plein de bonne volonté, humble devant des conceptions nouvelles auxquelles ont devait donner forme, ne répondait jamais à ces attentes.

Un professeur de dessin exigeant, un guide sûr de son chemin.

Un professeur exigeant mais avec le recul, juste. Un guide sûr du chemin qu’il nous faisait prendre et jamais il ne nous a montré en exemple un de ces propres dessins. Tout était dans son discours.

En fin de cycle, On savait tous dessiner, et sans l’avoir consciemment cherché, chacun dans son style particulier. J’ai compris depuis que le format A4 et le crayon 2B pour l’exercice demandé se justifiaient. Rien n’était gratuit, tout ce qu’il nous “imposait” avait sa raison d’être. Je dois aussi ajouter qu’au-delà de ses exigences dictées par les arcanes de sa pédagogie, il était d’une extrême gentillesse. Sans doute aurait-il dû être plus encourageant. Nous n’avions que dix-sept ans, nous en avions besoin.

mon atelier de portrait en centre culturel.

Réflexion sur la chose: l’importance d’acquérir de bonnes bases en dessin figuratif.

Tout cela fait réfléchir. En bout de course, la liberté de choix tant espérée n’est pas nécessairement là où on l’attend.

Pour parler, il faut apprendre les mots. Pour jouer du piano, il faut apprendre à maîtriser le clavier et d’autres choses encore. Tout le monde est d’accord la-dessus. Ce sont des lieux communs. Eh bien, pour savoir dessiner, la réalité en l’occurrence, il faut apprendre les bases du dessin comme bien voir, rendre son trait vivant, maîtriser les valeurs, donner de la profondeur, et savoir composer ( j’y reviendrai plus avant).

Cela devrait être aussi un lieu commun. Pourquoi donc alors, moi, humblement par ces articles, et d’autres à coup d’essais, jugés souvent ringards (je fais allusion ici, entre autre, aux publications du critique d’art Jean-Phillipe Domecq, longtemps raillé, maintenant reconnu) , devons-nous en défendre l’idée?

Bref, il faut une assise solide pour s’envoler bien, un tremplin digne de ce nom. Et en dessin, c’est tout pareil.

dessin réalisé d’après François Schuitten.

Mais cette assise, ce tremplin ne peut-il pas se révéler être un piège, me diras-tu?

Ah, Bien vu ! Pour une première raison qui rejoint l’histoire de mon collègue en début d’article. Disons, en manière d’illustration de ce premier cas, que ton tremplin, là d’où tu vas, fin prêt, t’envoler, est placé dans un local fermé. Grand espace, il te donne l’illusion de liberté mais tu ne peux, au plus, que raser les murs et le plafond de tes ailles au plus près. Et comme tu n’as jamais connu que ça, tu es convaincu que tu voles libre, libre, libre. Tu ne connaîtras jamais la pleine jouissance du haut vol. On t’a mal préparé pour le futur vers lequel, le courage vissé au cœur, tu pensais te diriger. Là où tu as appris, on te parlait tant et tant, à longueur de temps, de liberté qu’il n’y avait plus de temps pour t’apprendre ces choses qui libèrent: apprendre les bonnes bases du dessin.

Te voilà donc “muselé” d’avoir trop parlé de liberté ! Comprends-moi bien, c’est une formulation un peu choc pour soutenir la cause que je défends, mais bien sûr, je suis d’accord avec toi, par ailleurs il faut se battre pour la gagner et la conserver.

Et tu te dis: mon style de dessin, j’y tiens, je le cultive depuis si longtemps !

Ce tremplin dont on parle peut aussi être branlant. Deuxième possibilité. Tu risques grandement alors de te casser la pipe. Et dans ce cas de figure, tu en es toi-même la cause. Trouver un style propre, dans ce domaine comme dans d’autres, demande beaucoup de temps, d’expérience et de travail. Il ne faut pas le chercher, il se prépare longtemps et vient tout seul quand c’est l’heure. Il reposera de toute façon sur . . . un apprentissage solide des bases du dessin (je persiste).

illustration réalisée pour le challenge INKTOBER 2018 (tous droits réservés).

Aussi, ne dois-tu pas trop vite y prétendre, t’y tenir (tu te coupes les ailles) et vouloir à tout prix le développer. Sache qu’on naît tous, dans le domaine de la représentation figurative, donc de la perception et la reproduction du réel, aveugle.

J’ajouterai, aveugle par le voir, aveugle par le goût (entendu dans le sens de ce qu’on aime, de ce qu’on apprécie). Car, oui, on naît « mal dégrossi». Peut-être, d’abord, même sans goût du tout, vas savoir ! Et ça ne serait pas trop grave si cette sorte de vide n’était comblée par une soupe peu ragoutante (j’exagère) composée, ou peut-être même décomposée (je ré-exagère, c’est une figure de style) d’éléments venus de tous horizons en désordre, et pour être encore plus clair, je dirais d’horizons bas (toujours la même figure de style). Et oui, Marie (une élève qui s’étonne de l’apprendre) à de rares exceptions près, arrivés à l’âge de poser un œil critique sur les choses du “beau”, nous avons des amours esthétiques carrément KITCH. D’où la nécessité d’un enseignement solide pour une mise sur de bons rails.

La bonne voie pour apprendre le dessin.
Photo de 
Kholodnitskiy Maksim sur 
Unsplash

Cette remise sur de bons rails, laisse-moi te l’offrir. Je peux t’assurer que, pour ce faire, j’ai plus d’un tour dans mon sac. Alors, suis-moi, de pépite en pépite, et prends le chemin le plus direct vers la création.

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Le prochain sujet que je te réserve.

Dans le prochain article, je t’ expliquerai pourquoi, dans le domaine du dessin, il faut accepter des contraintes pour libérer sa créativité.